Ce que signifie la Montagne
Dans le vocabulaire iconographique du courant mystique occidental, la montagne est la figure du non-atteint. Elle est la hauteur vue d'en bas, une destination enregistrée avant d'avoir pu être visitée, et la preuve que la scène peinte a de la profondeur — qu'il existe plus de monde derrière la figure que la figure n'en a encore parcouru. Là où le sentier enseigne le mouvement et l'horizon enseigne l'échelle, la montagne enseigne le temps : elle vous dit combien d'ouvrage il faudra en se laissant voir depuis l'endroit où l'on commence.
La montagne est aussi une figure de la séparation et de la purification. Sinaï, Thabor, les montagnes taoïstes où les adeptes se retiraient pour perfectionner le corps, la « Montagne des Adeptes » que la prose hermétique invoque encore et encore — toutes portent une prétention structurelle commune : certains savoirs ne peuvent être obtenus à l'intérieur du village, et le voyage hors du village est en lui-même une condition de la vision. Lire la montagne, c'est admettre que certaines choses demandent l'altitude avant de demander l'intelligence, et l'altitude est la lente monnaie du corps que le pied doit frapper, pas à pas.
Comment la Montagne paraît dans le jeu
La montagne est l'un des rares symboles qui court comme un fil discret à travers arcanes majeurs et mineurs, et presque toujours au fond de la scène peinte plutôt qu'à son premier plan. Sur VI L'Amoureux, elle s'élève entre les deux figures, le poids du choisir traduit en trait du sol. Sur le Huit de Coupes, elle est la destination vers laquelle la figure encapuchonnée monte, ayant empilé soigneusement ses huit coupes derrière elle — une hauteur qui n'a pas encore de nom, seulement l'altitude. Sur l'As de Deniers et le Huit de Deniers, les montagnes lointaines sont le long arc de la maîtrise corporelle : le don dans la première main va quelque part, et l'apprenti sur son banc ne peut encore voir jusqu'où le métier le mènera.
Sur l'As d'Épées, les montagnes sont différentes d'humeur — dentelées, basses, sous le nuage d'orage — le sol au-dessus duquel la pensée s'élève quand elle s'est enfin libérée de l'enchevêtrement de la matière. Lues à travers ces cinq cartes ensemble, le symbole se résout en un seul énoncé : la montagne dans le tarot est la figure de ce qui n'a pas encore été atteint, peinte assez petite pour tenir dans le coin mais toujours présente dans le coin, si bien qu'aucune scène ne se lit comme le monde entier. Il y a encore, et c'est en montant.
Cartes qui portent la Montagne
Cinq cartes du jeu placent une montagne dans la scène peinte.
Passez le curseur sur une épingle pour voir où le symbole se loge sur la carte.
Huit de Coupes
Sur le Huit de Coupes, la montagne est la destination nommée-mais-sans-nom — la figure ne la désigne pas, ne l'annonce pas, se retourne simplement et marche vers elle. La montagne est ce que les huit coupes derrière lui ne suffisent plus à retenir.
· Lire cette carte →L'Amoureux
Sur L'Amoureux, la montagne s'élève entre les deux figures — le décider a du poids, et le peintre en donne un corps dans le sol. Choisir entre elles, c'est aussi choisir de gravir.
· Lire cette carte →As de Deniers
La destination du présent — elle ne s'arrête pas ici, elle demande à être portée loin et plantée.
· Lire cette carte →Valet de Deniers
Le long arc que le débutant ne voit pas encore — c'est jusque-là que le métier le portera.
· Lire cette carte →As d'Épées
Sur l'As d'Épées, les montagnes sont sous le nuage, dentelées et basses — le sol au-dessus duquel la pensée a enfin l'altitude pour regarder en bas. La lame n'a pas encore rencontré ce qu'elle va distinguer ; la montagne est le lieu depuis lequel elle voit.
· Lire cette carte →D'autres symboles voisins
La Montagne relève de la catégorie Paysage — les lentes composantes du ciel, du sol et des eaux qui encadrent la figure humaine. Lisez-les à sa suite.
Sources plus anciennes
La profondeur iconographique de la montagne précède le tarot de plusieurs millénaires. Le Sinaï, dans Exode 19, est nuée et feu, gravi seul ; le Thabor, dans Matthieu 17, est la hauteur où les disciples voient ce qui a toujours été là mais ne pouvait être vu depuis la plaine. La tradition taoïste envoie ses adeptes dans les montagnes pour affiner le souffle et le corps loin du bruit du village. La prose hermétique, depuis le Picatrix de la Renaissance, revient encore et encore à la « Montagne des Adeptes » — le centre non atteint vers lequel l'ouvrage est orienté, peint petit dans le lointain précisément parce que le peindre proche serait mentir. Les montagnes lointaines de Pamela Colman Smith à travers le jeu Rider-Waite-Smith se tiennent dans cette longue lignée : elles sont la part de l'image qui admet que l'image n'est pas achevée.




